Perdre ses deux parents ... son monde !

                                 Renaître orphelin absolu ... 

 
                      

 

 Une vie privée de remparts 

 
Se retrouver orphelin absolu - situation heureusement exceptionnelle aujourd'hui - plonge l'enfant brutalement au fond d'un gouffre. C'est une expérience ressentie comme une amputation à vif, une solitude aussi soudaine que radicale. 

Une telle situation se rencontre lors d'un accident ou éventuellement si, après le décès de l'un des deux, le parent veuf affaibli tombe malade, se suicide ou a un accident ( "mortel veuvage"). 

La rupture est violente et génère de forts sentiments de culpabilité (celle du survivant : pourquoi eux, sans moi ... ?), tout en éprouvant une puissante révolte contre ces parents qui font subir une telle injustice à leurs enfants (Pourquoi m'ont-ils abandonné ?). 

Il se sentira profondément trahi. Il vivra toute sa vie dans la crainte de la mort et de l'avenir. De fait, il aura beaucoup de mal à construire quelque chose de peur de tout perdre subitement (syndrome abandonnique).

Il perd tous ses repères dans le sillage de ses parents, sa maison , sa ville, ses amis, etc. L'orphelin se voit plongé d'un coup dans la réalité brute, la vie matérielle, des responsabilités trop lourdes pour lui. 

L'absence devient vite très lourde. Certains occultent ce passé heureux dans une amnésie protectrice. Le plus difficile sera sans doute l'absence de mémoire familiale si personne ne peut lui raconter qui étaient ses parents. 

 Désormais, "Orphelin" sera une identité posée à vie autant pour les autres que de lui-même.  Il sera "le sans-famille", alors parfois il cachera sa réalité. Il pourra s'inventer des parents, riches et célèbres, comme S. MOATI le faisait enfant.

 

Retrouver une famille

 

Deux possibilités de placement s'imposent à l'enfant. Dans les deux cas, le code civil organise la tutelle des orphelins.

1- La famille (ou plus rarement des amis, marraine, parrain 4 à 6 membres). Le juge des tutelles contrôle ce placement jusqu'aux 18 ans de l'enfant et convoque le conseil de famille lorsque la situation le requière.  

Le tuteur assure l'entretien de l'enfant et le représente pour les actes administratifs courants. Il est soumis au conseil de famille et au juge des tutelles pour les actes importants (notamment touchant à l'héritage de l'enfant).

Il est ainsi fréquent que l'enfant soit recueilli par ses grands-parents. Or, certaines retraites suffisent à peine à assurer le quotidien. D'autre part, leur âge et leur état de santé permettent-ils d'assumer un jeune ?  Peuvent-ils affronter le deuil de l'orphelin alors qu'eux-mêmes viennent de perdre leur enfant ? 

L'enfant peut être adopté par ses oncles et tantes ou  être élevé au sein de sa fratrie si celle-ci est majeure. Mais cela représente une charge et une responsabilité lourdes. Il n'est pas rare que l'enfant se sente de trop, encombrant. Ce sentiment peut être provoqué par la situation et les interrogations des adultes qui l'entourent: "Que va-t-on faire de cet enfant ? Qui va le prendre en charge ? Qui peut l'assumer ? ". Il aura ainsi tendance à grandir plus vite, à se responsabiliser rapidement afin de ne plus dépendre des autres.

Quelle que soit les liens familiaux entre l'orphelin et ses tuteurs, le placement en famille esquisse la solution idéale, même si l'histoire s'écrit, difficile, douloureuse. 

   

2- Si personne ne peut ou ne veut assumer la charge de l'enfant ou de la fratrie, le(s) mineur(s) sont confiés à l'aide sociale à l'enfance

Lorsqu'ils n'ont plus aucun lien familial, les orphelins sont reconnus pupilles de l'État . En 2005, 9 % des enfants reconnus pupilles de l'État étaient orphelins, soient environ 217 orphelins. Les adoptions s'avèrent exceptionnelles.

L'aide sociale à l'enfance décide alors le placement en institution (établissements social ou spécialisé) - parfois au sein d'une association de type Villages d'Enfants SOS (la fratrie réunie auprès d'une mère d'accueil) ou les Apprentis Orphelins d'Auteuil ou être confié à une famille d'accueil. 

 

      

1950 ... 1980 ... 2007 ?

G.Cesbron (Chiens perdus sans collier) ou J.L. Lahaye (Cent familles) -  - témoignèrent - chacun à leur manière - de la vie des enfants placés à l'Assistance Publique puis DDASS ( et aujourd'hui renommée ASE - Aide Sociale à l'Enfance). 

Témoignage d'un ancien pupille de l'Assistance publique sur le site L'enfant de l'océan 

 Site web de l'association Cent Familles de J.L. Lahaye

P.Verdier, spécialiste de l'aide sociale à l'enfance (ancien directeur de la DDASS), interrogé lors d'un récent reportage sur France 2, dénonçait l'instabilité offerte à ces enfants (toutes situations parentales confondues), ballottés de place en place, incapables de sécuriser leur avenir. Il propose, dans un ouvrage réédité depuis 20 ans (L'enfant en miettes), une réflexion destinée à faire évoluer les pratiques en faveur des enfants placés.

Sa conclusion interroge la responsabilité de l'État : Ne peut-il offrir d'autre chance aux jeunes qui lui sont confiés, que "Pas d'avenir" ?

Se pose ici un  réel "défi"  appelant (et ce depuis trop longtemps) une véritable concertation publique. De sérieuses mesures  - voir une refonte total du système - sont à repenser, visant cette priorité qu'est l'enfant, seul et nu devant une réalité subie, une vie sapée dès l'aurore. 

    


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Dernière modification : 26-04-2012

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