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Un deuil précoce signe un destin ... une histoire d'enfant spécifique.
Le regret du parent disparu, manque existentiel, grand vide intérieur, s'inscrit à jamais dans l'affectivité de l'orphelin.
Une vie au conditionnel se tisse alors : "Si elle avait été là ...". Il multiplie alors les stratégies de retrouvailles.
"Et tous les orphelins semblent avoir l'âge d'une enfance éternelle." Serge Moati, Paroles d'Orphelins.
Nous ne traitons ici que des cas d'orphelin exclusif de père OU de mère. Une page aborde néanmoins les orphelins absolus.
Perdre ses deux parents,
son monde ...
Annoncer l'irrémédiable : mission impossible ?
Ne pas masquer la maladie ou l'accident ... Ne pas cacher la mort du parent ...
L'enfant sentira qu'il se passe quelque chose de grave dont il est éloigné. Les enfants sont doués pour entendre ce que l'on ne dit pas ...
Face au silence ou aux fausses paroles, il saura que les adultes lui mentent, l'isolent. Sa confiance en eux s'ébranlera totalement
"Maman m'a abandonné, Papa ne veut plus me voir, je suis trop méchant ! "
Une
VÉRITÉ ...
aménagée selon l'âge ...
Même si les mots ont du mal à venir, même si on pense ne pas exprimer correctement les choses, même si la peine submerge tout ...
Au fil du temps et de la parole, le dialogue s'affinera entre l'enfant et les adultes. Cependant, la confiance dominera et renforcera les liens entre les endeuillés.
"Papa/Maman est mort/morte." Le mot est essentiel à formuler car il est la Vérité. Toutefois, cet aveu doit être enrobé, amené avec douceur pour éviter une révélation trop brutale, traumatisante. Il doit également être défini : qu'est-ce qu'être mort ? Que va-t-il lui arriver ? Aura-t-il mal ?
Il doit pouvoir exprimer ses émotions, sa souffrance et accepter sa peine. Il doit pouvoir poser des questions, partager ses angoisses.
Si le parent survivant ne peut faire face, un spécialiste de l'enfance (pédopsychiatre) ou un proche pour lequel l'enfant manifeste affection et confiance peuvent prendre en charge cette mise en mots.
L'enfant doit entendre toutes paroles qui le soulage, le sécurise, le rassure.
Phrases à éviter ...
"Papa est en voyage. ... Maman est partie ... ". " Tu as perdu ton père "
"Maman est morte car elle était un peu malade "
"Papa s'est endormi pour toujours .... " ou " Il se repose. "
" Antoine la fatiguait beaucoup ces temps-ci."
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L'enfant peut vivre
l'évènement avec sa famille.
Éloigner moralement comme physiquement, l'enfant n'est pas le protéger. Il faut juger ce que l'enfant est capable de supporter, sans être submergé par des émotions trop violentes. Mais rappelons qu'autrefois, les enfants participaient à tout le rituel, de la veillée à la toilette du mort, et aux funérailles. Un enfant est capable de vivre ces moments à condition d'y être préparé, de savoir ce qu'il va vivre et voir.
L'enfant peut voir le corps du défunt, lui dire "Adieu ", puis assister à la cérémonie d'enterrement ...
- SAUF s'il refuse de le faire et il en a clairement le droit -.
Il peut écrire une lettre, faire un dessin qui restent son secret et le mettre dans le cercueil, près du mort.
Il sera alors aux côtés du parent survivant, il partagera ses moments avec lui. Ce vécu l'aidera à prendre conscience de ce qu'il vit, étape importante vers l'acceptation.
Au milieu de tout ces évènements, l'enfant doit continuer à mener - dans la mesure du possible - sa vie de petit, jouer, voir ses copains, aller à l'école ... sans jamais être délaissé.
Il est important que l'enfant reçoive en héritage un objet ou une boîte à trésors ayant appartenus au défunt. Ce fétiche, symbole que le parent a existé et signe l'absence, aide à modifier les relations sur un mode intérieur et à convertir le vécu en souvenir.
Des
associations
proposent des
espaces d'accueil et de dialogues pour les familles
endeuillées, y compris les
enfants.
Aider
l'enfant, c'est d'abord aider la famille (et ce, à tous
points de vue)

Les réactions du deuil enfantin.
Comme ceux de l'adulte ...
Les trois phases principales du travail de deuil :
Protestation -colère - Déni
Désespoir - Dépression avec tristesse, culpabilité, manque, recherche de l'être perdu, identification à lui, baisse d'attention en classe ...
Détachement - se lisent dans le processus psychique enfantin.
MAIS spécifiques à sa condition enfantine.
L'enfant exprimera sa douleur essentiellement par le corps. Il sera très inquiet pour l'avenir et voudra prendre en charge le parent survivant.
Plus que tout autre, l'enfant réclamera beaucoup d'amour.
Il ressentira une très forte culpabilité. Il se jugera désormais différent des autres et pourra en éprouver de la honte.
L'enfant grandira avec l'espoir secret de retrouver ce parent. Il s'inventera un parent imaginaire, avec lequel parfois même il parlera (héros, image idéalisée, étoile, ange gardien ... ).
L'enfant n'ira pas jusqu'au bout de ce processus de deuil : son immaturité psychique ne peut lui permettre une telle tension ... Toutes ses forces se concentrent pour grandir.
L'enfant avancera sur le chemin de l'acceptation de la perte si ses proches accomplissent eux-mêmes leur deuil, si l'harmonie familiale est positive, si tous restent ouverts à ses réactions.
La fin de l'adolescence marque une possible résolution du deuil. Pourtant, beaucoup de témoignages d'orphelins évoquent une remise en cause lors de la naissance de leurs propres enfants.
L'absence du modèle paternel ou maternel "manquant" ressurgit, douloureuse. Parfois même, la blessure ne se refermera jamais, notamment si elle a été précoce ou suivie de moments trop pénibles.
Retrouver un nouvel équilibre familial sans son père/sa mère
Une nouvelle place va lui être dessinée mais en filigrane d'une vie quotidienne qui se réajuste, peu à peu, sans la présence physique du défunt. Son souvenir deviendra Amour vécu. Mais il ne doit pas devenir un mythe, un juge désapprobateur, un fantôme ... On doit pouvoir librement évoquer le défunt. Ses défauts, ses fautes appartiennent aux souvenirs. Les anniversaires ne doivent pas se transmuer en commémorations.
L'école joue un rôle capital dans l'équilibre que l'enfant cherche à rebâtir.
L'orphelin surprendra par son caractère paradoxal, une seconde peau habillée à vie, rêveur, renfermé puis tout à coup expansif, impulsif. Il connaîtra des instants de révolte contre le monde entier mais n'hésitera pas à voler au secours des autres. D'ailleurs, beaucoup se dirige vers des professions sociales, médicales ou encore humanitaires. L'enfant endeuillé deviendra souvent un adulte d'une sensibilité particulière et cherchera constamment à être accepté par tous.
Sa vie amoureuse pourra rencontrer des obstacles, entre fuite et recherche d'un nouveau nid douillet.
Un deuil précoce peut être un facteur de risque ... mais rien n'est écrit d'avance. L'enfant peut développer une instabilité, signe qu'il ne peut surmonter seul le décès. Il peut considérer que la vie ne vaut pas d'être vécue, réaction face au vide des repères identificatoires fondamentaux qu'il aurait dû se construire. Plus que la mort du parent, les conséquences familiales constitueront le ferment de l'avenir. Un vécu négatif préjudiciable à la santé psychique de l'enfant plombera sûrement la construction d'un destin.

Toute perte avant 12 ans représente une lourde épreuve qui laissera des séquelles indélébiles.
Mais les conséquences lors de l'adolescence restent très fortes.
Toutefois, la mort de ses parents, même à 50 ans, marque une étape douloureuse ...
Cependant, il est reconnu que l'orphelin ressort de l'épreuve avec une force psychique affirmée. Les orphelins sont observés comme une population résiliente, selon la théorie de B. CYRULNIK ... Pour notre part, nous défendons le destin "orphelin" de l'handicap à la force ...

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